Rue Saint-Hubert 49 - Liège (4000)
+32 (0)496 / 81 83 68

Quand SAP et CBC se mêlent de la présence en ligne des PME (part.2)

Dans la 1ère partie, nous nous étions penchés sur SAP et sa pseudo proposition d’accompagnement dans la transformation digitale… Le constat était navrant. Quid de CBC, avec sa campagne « Pop-up Webshop » ? Et bien je dois admettre qu’ils ont l’air de mieux s’en tirer, mais juste en surface. Décortiquons, voulez-vous ? 

CBC met le paquet

Le mini-site dédié est attrayant, clair et semble répondre à bon nombre de questions que les cibles pourraient se poser. Une petite vidéo « à la Google » illustre le parcours rêvé d’un commerçant de quartier qui se lance dans l’aventure e-commerce. Je dois l’admettre, tout cela séduit, même les plus avertis.

Capture d’écran 2016-04-26 à 13.01.35

A l’heure où je réalise ma petite analyse, les inscriptions sont clôturées. Qu’à cela ne tienne, nous n’avons pas vraiment besoin de nous mettre dans la peau d’un concurrent pour parcourir le site.

Hop, je clique sur « 5 raisons d’ouvrir un webshop », bic rouge à la main.

Capture d’écran 2016-04-26 à 13.27.43

Je manque d’abord de m’étrangler. Tant d’affirmations et de superlatifs. Je suis outrée. Puis je constate qu’il s’agit d’ancres destinées à m’apaiser grâce à une jolie infographie pleine de statistiques et de sources « avérées ». Un bon point pour CBC ? Je range (peut-être) le bic rouge.

Par exemple : « Les Belges achètent sur Internet. Massivement » s’explique en détails par :

Capture d’écran 2016-04-26 à 13.31.57

Cela dit, quand on y regarde de plus près… quelque chose cloche. Je trouve qu’il manque des paramètres dans tout ça. Du coup, je vais jeter un oeil à l’étude complète réalisée par Comeos.

HA ! Je le savais, CBC a fait des raccourcis, preuve à l’appui :

Etude-Comeos-E-commerce-2015

Donc. C’est 64% de la population qui ont effectué 1 (ou plus) achat en ligne courant 2015. Rappelons que dans les achats sont comprises les réservations de billets d’avion, de train, etc. Ca calme, non ?

Ensuite, une petite astérisque nous indique que le terme « population belge » est : * Extrapolated to the Belgian population regarding the current internet-population (84,7% in 2015). On parle donc de 64% de près de 85% des Belges.

Au risque d’être vraiment tatillonne, CBC, j’ai le devoir de vous dire qu’on ne parle pas de 7.267.840 personnes, mais de 6.076.198… soit 54,2% de la population réelle.

L’affirmation qui m’agace au plus haut point

« Les Belges achètent à peu près tout sur Internet »…. Keskecé que cette phrase qui ne veut absolument rien dire ? Et l’infographie dédiée, pardon.

Capture d’écran 2016-04-26 à 13.58.37

 

Alors quoi, CBC ? Ce n’est plus un raccourci là, c’est carrément un portoloinQue disent les statistiques brutes ?

1. « Wich NEW products or services did you buy…? ». Donc il ne s’agit pas des produits les plus prisés généralement, ce sont les nouveautés pour les clients.

Capture d’écran 2016-04-26 à 15.35.41

 

2. Il est plus judicieux de se pencher sur les achats fréquents et leur régularité, comme l’indique le tableau ci-dessous. On y découvre que c’est le secteur Food (supermarché et HoReCa) et la musique qui représentent le top 3 des achats réguliers.

Capture d’écran 2016-04-26 à 14.03.08

3. Si on s’attarde sur les intentions d’achats des sondés, on retrouve tout de même les vêtements en pôle position des produits susceptibles d’être commandés. Le top 3 est d’ailleurs : mode / décoration / DIY et extérieur.

 

Bref… En fonction de l’angle d’approche, les données peuvent être très différentes. Comme je le disais : il ne faut pas tout prendre pour acquis. Réfléchissez, c’est la clé.

Calculer son potentiel « e-commerce »… et se planter

Laissons l’infographie de côté pour nous rendre sur le 2e onglet proposé sur le mini-site : « Votre potentiel ? ». Intriguée, je suis. Ils sont doués pour inciter au clic, en tout cas. Il faut leur laisser.

Capture d’écran 2016-04-26 à 15.48.49

 

Le discours est déjà plus nuancé. On passe de « les belges achètent (presque) tout sur Internet » à « Avez-vous bien réfléchi à votre capacité de vente en ligne ? ». Les questions posées sont pertinentes, même si elles ne font pas partie de la réflexion de départ et correspondent plutôt à des points à résoudre un peu plus tard.

La première question serait effectivement : quel est le potentiel « webshop » dans votre secteur ? Et là, pardonnez-moi CBC, mais vous vous plantez. Beaucoup.

J’ai utilisé le petit outil mis à disposition pour voir, à l’aide d’un curseur de potentialité, l’intérêt de se lancer dans l’aventure e-commerce. Voici les réponses obtenues :

Capture d’écran 2016-04-26 à 15.50.10

Bijoutier ? Vraiment ? Si on parle de la bijouterie fantaisie, je dis non. Secteur overbooké. A moins d’avoir VRAIMENT les moyens d’investir dans des campagnes de visibilité et de notoriété. Mais là… on s’éloigne un peu de notre cible PME, pas vrai ?
Si on s’adresse plus aux bijoutiers / joailliers (qui ont peut-être plus les moyens), j’ai tendance à me dire, pour l’avoir vécu avec un client, qu’il s’agira plutôt d’un parcours Web to Store, étant donné les montants déboursés pour certaines pièces.

Capture d’écran 2016-04-26 à 15.50.21

Boutique de mode…. potentiel élevé. Ouiiii, si on s’appelle Zalando, H&M ou Ventes Privées. Par contre, je doute fort que la boutique de Joanna au coin de la rue puisse percer dans l’e-commerce (sauf si elle débloque des fonds pour investir dans une bonne visibilité, encore une fois). Idem pour les chaussures : comment être plus concurrentiel que Sarenza, Spartoo ou Brantano, quand on a un statut de PME ancrée dans le « physique », sérieusement ?

Capture d’écran 2016-04-26 à 15.51.32

Libraire… Si je ferme les yeux et m’efforce de ne pas penser à la Fnac ou à Amazon, je me dis que, peut-être, il peut y avoir un certain intérêt à miser sur une pseudo-librairie en ligne, mais avec une TRES forte valeur ajoutée en termes de critiques, d’avis sur les nouveautés, de classement, etc. Et là, encore une fois, ce n’est pas gagné.

Quelques formations avant de se jeter à l’eau

La campagne de « recrutement » étant finalisée, je n’ai pas pu voir quelles étaient les formations et accompagnement proposés par CBC aux participants. J’ai juste pu lire l’agenda des séminaires à venir, visiblement ouverts à tous :

  • Vous êtes commerçant et vous souhaitez vous lancer dans le e-commerce ?
  • Vous vous demandez si votre produit sera rentable en ligne ?
  • Quelles sont les aides que la région met à votre disposition pour vous aider à vous lancer dans le e-commerce ?
  • Un webshop ? Oui… mais comment gérer la logistique ?
  • Suis-je obligé de me lancer dans le e-commerce pour assurer la pérennité de mon activité ?

Ce sont des sujets intéressants, certes, mais on n’aborde pas les problèmes cruciaux et prioritaires, qui sont, selon moi :

  • quelles sont les opportunités « web » pour mon commerce ? (Et par là, je ne pense pas uniquement, ni directement, à un e-commerce… Il y a un tas de solutions alternatives ou intermédiaires avant de se lancer dans le grand bassin).
  • comment me positionner face à mes concurrents, quels services proposer ?
  • comment m’assurer une bonne visibilité et accroitre ma notoriété les premiers mois ? A quel prix ?
  • comment survivre à moyen et long terme ?
  • etc.

Peut-être que CBC a prévu d’aborder ces questions plus en détails auprès des gagnants du concours. Ils disent qu’ils ont une équipe d’experts et je les crois. J’espère sincèrement qu’ils réalisent un véritable accompagnement auprès des PME lauréates, histoire que cette victoire n’aie pas un gout amer dans quelques mois.

Le mot de la fin

Globalement, je pense que CBC « sait » ce qu’il fait et a eu la volonté de ne pas se moquer de ses clients. Mais prétendre pouvoir accompagner des PME pendant 6 mois (à quelle fréquence et de quelle qualité ?) pour les « lancer » sur internet me semble vraiment utopique. D’autant plus qu’ils oublient de mentionner un point essentiel, pourtant repris dans l’étude de Comeos : près de 70% des sondés préfèrent effectuer leurs achats sur des sites qu’ils connaissent et en lesquels ils ont confiance.

Capture d’écran 2016-04-26 à 19.46.07

Donc… les questions sont les suivantes : combien de temps avant d’être connu en dehors de sa clientèle existante ? Combien de temps avant de gagner en confiance et en notoriété ?

Et surtout… est-ce que c’est réellement l’objectif des commerçants locaux ? Désirent-ils grandir / grossir au point de devenir des web-enseignes provinciales ou nationales, au risque de perdre ce qui les caractérisait ? Je me pose ces questions… Ce n’est pas parce que la tendance est à l’e-commerce que tout le monde doit suivre sans aucune réflexion.

Il serait peut-être plus judicieux, comme je le disais plus haut, d’emprunter un autre chemin après avoir pris un peu de hauteur sur tout ça. Essayer de voir plus loin, différemment.

Nous referons le point quand CBC aura rendu son bilan 2016, suite à ces fameux 6 mois… Soyez au rendez-vous 😉